septembre 21

« Le charme discret de l’intestin » le bestseller de l’été de long en large

Si vous avez passé vos vacances d’été dans une grotte, vous avez peut-être échappé au best-seller des Relay H dans toutes les gares de France et de Navarre… mais pas moi ! Et comme il trainait sur une pile de
bouquins entre deux polars et bien je l’ai lu…

Giulia Enders a commencé à traiter son sujet sur scène. «Le charme discret de l’intestin» était à l’origine le titre d’un exposé grâce auquel, en 2012, elle a remporté le premier prix de trois «Science-Slams», manifestations lors desquelles de jeunes chercheurs présentent un projet devant un public de manière divertissante.

La vidéo YouTube de sa prestation a fait le buzz, attirant l’attention d’un agent littéraire qui lui a proposé de transformer sa conférence en livre.

Le fait que l’ouvrage ait connu un succès rapide avec plus d’un million d’exemplaires vendus en Allemagne, et plusieurs semaines en tête des ventes en France, montre qu’effectivement nous sommes très nombreux à être préoccupés par notre bien-être intestinal… d’autant que chez les athlètes d’endurance, le confort intestinal pendant les compétitions peut tout changer.

Sur le ton complice de la conversation, Giulia Enders nous fait faire le grand saut dans notre intestin : la vocation du livre est de nous éclairer sur cet organe injustement méprisé et de nous faire passer de « beurk » à « waouh ».

« Il est plus facile de surmonter les tabous quand on a davantage de connaissances à sa disposition», affirme-t-elle. Si l’intestin dégoûte la plupart des gens, c’est parce qu’il représente un amas informe qui nous torture régulièrement et dont les manifestations sont souvent bruyantes et odorantes.

C’est pourquoi elle met dans son livre l’accent sur le rôle essentiel de la flore intestinale et de ses fonctions digestives, sans laquelle la nourriture que nous avalons ne serait pas assimilée.

« Qui a eu la chance de parcourir l’intestin grêle au moyen d’une petite caméra qu’on avale est en général surpris », écrit-elle. À la place d’un tuyau obscur, on tombe sur cet être d’une autre espèce : éblouissant comme du velours, humide, rose et tendre, dirait-on.

Comme quoi ça peut être romantique un intestin, voir glamour et raffiné, si on prend en compte ses fonctions hyper évoluées qui influent sur notre vie quotidienne.

Plaidoyer contre la mal bouffe, le livre de Giulia Enders nous propose de respecter notre système digestif en limitant ou en supprimant les aliments industriels chargés en mauvais sucre et en mauvaise graisse, car si notre corps a besoin de calories pour fonctionner, il réclame du sucre et du gras de bonne qualité. Ce ne sont pas des ennemis, car de bonne qualité, ils nourrissent nos bactéries intestinales qui nous le rendent bien.

En revanche elle ne propose pas un énième régime, une nouvelle diète ou une « détox » pour nous punir de nos excès contemporains, et c’est un gage de sérieux dès que l’on parle d’alimentation – secteur où les charlatans sont légion.

Ces mêmes bactéries de l’intestin mal nourries seraient à l’origine de la prise de poids chez certaines personnes, qui même quand elles mangent peu ne peuvent s’empêcher de grossir. Ceci leur permettra de comprendre peut-être enfin pourquoi elles n’arrivent pas à maigrir.

La recherche scientifique sur l’intestin en est encore à ses balbutiements, notamment en ce qui concerne son système nerveux ou son rôle dans la santé mentale, mais l’auteure met l’accent sur le rôle de la psychologie dans les maux de ventre.

Giulia Enders ne propose pas de remèdes miracle, elle se contente d’insister sur la nécessité d’éviter les excès : alcool, drogues, aliments indigestes, émotions fortes.

L’intestin – écrit-elle – réagit à tous nos comportements.

Il est temps de lui donner la place qu’il mérite : celle d’un deuxième cerveau.

Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est que l’auteure ne s’est pas simplement attaquée à un sujet tabou, elle vulgarise un langage scientifique et un savoir médical réservé d’ordinaire aux initiés.

«Cela m’effraie parfois, écrit-elle, lorsque des scientifiques discutent de découvertes importantes à huis clos – sans que le public en soit informé.»

Avec un langage simple et un ton copain elle met à la portée de tous, les coins et recoins de l’intestin. Pour peu que l’on ait déjà été pris de désagréments gastriques avant le départ d’une course ou durant celle-ci, je pense que tous les sportifs d’endurance sont concernés par ce message : la façon de s’alimenter au long court est primordiale pour assurer la charge d’entrainement, la récupération et la compétition. Si vous voulez profiter de l’expertise d’un professionnel de la nutrition jetez un œil au livre de Nicolas Aubineau : Running Food.

Le Charme discret de l’intestin, par Giulia Enders, traduit de l’allemand par Isabelle Liber, 352p., Actes Sud, 21,80€


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Ecrit 21 septembre 2016 par DanRunParis dans la catégorie "Food", "Lectures", "Blog", "Récupération

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